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LE VILLAGE DE

YAFÉRA

Le village de Yaféra a été fondé au 11eme siècle, par la famille FOFANA, (vers l’an 1000, selon Seydou Touré Kanouté, le tout premier historien du village de Yaféra). L'ancêtre fondateur s'appelle Manga FOFANA. Il est originaire du pays soninké de Koussata, actuel Mali

La mésaventure des Timéra face aux Bathily...

Cette période fut pour les Timéra ce que fut l’éclatement de Wagadou pour tout soninkara : d’abord la honte et l’humiliation, puis la fuite d’une  illusion de pouvoir un jour, se frayer un chemin dans la cours des grands  du Gadiga. Cette dernière possibilité se réalisera mais très tard. Ii s’agit de l’époque où SADA CIRE TIMERA était chef de canton de (1925 à 1956). Mais n’anticipons pas les choses. Nous aurons  l’occasion d’y revenir.

 

La triste histoire des frontières

 

Le village de Yaféra, comme nous l’avions mentionné plus haut, est un village relativement petit, situé sur la rive gauche du fleuve Sénégal. On pourrait même dire de nos jours, sans exagérer que c’est le plus petit de tous les villages riverains dans les deux Goyes supérieur et inférieur ; Et par sa taille et par sa population (4000 hts). Cette réduction de surface a justement une histoire.

En effet, Yaféra étant voisin de deux villages ( l’un, Golmy au nord et l’autre, Aroundou, au sud, dirigé par des Bathily), il est séparé d’eux par deux marigots. Au nord, nous avons le marigot de Goura dit « Gourankhoolé », qui sert de frontière entre Yaféra et Golmy. Au sud, nous avons le marigot de Beli dit « Belinkhoolé » qui sert de frontière avec le village de Aroundou. C’est en effet cette dernière frontière qui va causer le désagrément des Timéra.

Les anciens racontent que pour établir les frontières entre Yaféra et Aroundou, les habitants des deux villages s’étaient réunit pour débattre les modalités de définition de ces limites. Au sortir de cet entretien, il était convenu qu’après la prière de l’aurore, les responsables de chaque village devaient se mettre en route en marchant afin pour qu’ils se rencontre au « milieu ». Ainsi, le lieu de la rencontre serait donc l’endroit qui définirait la lisière entre Yaféra et Aroundou. Néanmoins, les choses se sont passées autrement, et plus encore au détriment des Timéra. En effet, les Bathily ne respectèrent pas leur parole. Au lieu de l’aurore, c’est au beau milieu de la nuit qu’ils se sont mis en route, tandis que les Timéra prirent d’abord leur petit déjeuner avant de se mettre en route. Résultat, dès que les habitants sortirent du village, ils aperçurent des hommes assis sous les  arbres du cimetière. C’étaient les Bathily.

Après quelques explications passives suivies de négociations, ces derniers reculèrent peu à peu jusqu’au marigot de Belinkhoolé où ils se fixèrent définitivement. Depuis, ce marigot constitue la frontière entre le village de Yaféra et celui d’Aroundou.

Et pourtant cette tromperie des Timéra par les Bathily ne constituera pas la dernière. D’autres faits encore plus graves et plus cruels vont suivront.

 

Le massacre des boisseliers Saounera

 

Le début du 17° siècle laissa à Yaféra, tout  comme l’ensemble de la région dite soudanienne, un cachet particulièrement triste parce que considérablement sanglent. En effet, c’est une période qui correspond à l’essor de la traite des noirs sur tout le continent africain. Néanmoins, cette exploitation humaine, véritablement, a été la plus accentuée sur la frange soudanienne qui s’étend de la vallée du fleuve Sénégal eu boucle du Niger, et par conséquent, en grande partie centrée dans tout le pays Soninké. C’est une période où seuls le pouvoir et la suprématie de la force primaient sur tout le reste. C’était plus qu’une simple domination territoriale et politique. C’était le moyen de survie dans un monde où la morale n’a pratiquement pas de voix, si non occupait alors une position secondaire, et où il n y’avait pas de place pour les faibles alors voués au péril de l’esclavage pour l’éternité. C’est ainsi que cette conception de l’époque va pousser bon nombre de populations, notamment les Timéra de Yaféra, à commettre un acte qu’on pourrait qualifier,  sous un regard moderne, de barbarie au sens noble du terme. Il s’agit du massacre des boisseliers (Sakou), hommes de castes (gnakhamala) des Timéra de Yaféra. Nous devons ce témoignage à un certain Fodé Bakary Selou de Sobokou, et il faut préciser que son discours à été confirmé  par d’autres sources.

En effet, après le retour de Sellou Saounéra  à Sobocou  auprès de sa famille, sa descendance s’est vue aussitôt multiplier avec le temps.

  On raconte qu’au cours d’une année de cette époque, les esclaves et les hommes de castes étaient devenus si nombreux, notamment ceux des Bathyli et des Timéra, que les Bathyli de Makhanna émirent le souhait de réduire leur nombre, en particulier celui des hommes de castes. Pour cela, ils proposèrent de les égorger prétextant qu’ils étaient devenus trop nombreux et par conséquent constitueraient une menace pour leurs maîtres. Mais là encore se fit valoir leur légendaire traîtrise et leurs incontournables malices.

En effet, lorsque les Bathily proposèrent cette perspective on ne peu plus cruelle et fort inhumaine, ils s’étaient mis dans la tête qu’il fallait une fois de plus ruser contre leurs adversaires pour arriver à leur fin, ruse qui se résume à démoraliser puis à réduire le champ de force de ces derniers. Et la fortune a voulu que se soit les Timéra leurs adversaires directes, et cette mauvaise position leur coûta cher.

Le jour du massacre fut donc fixé. Dès la veille les Timéra rassemblèrent tous les boisseliers en leur possession  et les fit mobiliser quelque part dans la brousse, loin des regards des populations, à l’endroit convenu.  Les Bathily en furent autant.

Le jour tant attendu arriva enfin. Et les Bathily, pour se laver de tout soupçon, se proposèrent de réaliser les premiers l’acte sacrificiel.

 

Les hommes désignés pour l’occasion prirent alors leurs couteaux et entrèrent dans la grange. Quelques minutes plus tard, ils ressortirent les couteaux imprégnés de sang coagulé. A la vue de ce spectacle, les Timéra crurent que c’était là, la preuve de l’acte accompli. Pour ce faire, ils passèrent à leur tour à l’action en égorgeant les pauvres individus. Ils en étaient au tout dernier quant soudain, un homme fit irruption dans la grange, hurlant à tue-tête : « Arrêtez ! Arrêtez ! Ce ne sont pas des hommes qu’ils ont égorgés mais plutôt des poulets. Cette dernière nouvelle les bouleversa au plus haut point, car c’est en ce moment là qu’ils se rendirent compte de la gravité de leur geste, et réalisèrent à quel point ils ont été bernés dans cette histoire.

Il ne restait qu’un seul rescapé. Une femme enceinte de quelques mois. Elle fut épargnée de justesse de la mort par le concours de la plus grande providence. Pour la protéger des Bathily qui cherchaient à la supprimer, la jeune femme fut conduite en exil à Ballou, dans un village non loin, situé sur la Falémé. Elle fut confiée à une famille de confiance qui prendra soin d’elle, le temps de mener sa grossesse à terme. Quand elle accoucha en fin, ce fut un garçon. « Mokhon siro ! », s’exclama son entourage (la situation est bonne ou la nouvelle est bonne). Avec les années, l’appellation « mokhon siro » est devenue « Mokhosiré ». Depuis, les Bathily sont considérés comme des êtres à la fois, vils et malicieux.  

Néanmoins, cette période trouble et vivement guerrière va être prolongée d’une manière ou d’une autre, par le processus de colonisation.

 

Le tournant de la colonisation

 

Cette période fut marquée, à Yaféra tout comme dans toute la région, par d’incessants affrontements avec l’envahisseur blanc. De nombreux résistants s’érigèrent contre cette occupation injuste de ces étrangers venus de si lion pour posséder leurs terres et leurs biens. Parmi eux, Mamadou Lamine Dramé, ce soninké né vers 1840 près de khayes était revenu d’un pèlerinage à La Mecque. Or, le gouverneur Galliéni, chef de l’administration coloniale du Haut-Sénégal  à l’époque, avait imposé le travail forcé qui poussa à bout les populations. Mamadou Lamine devait de ce fait se battre d’un côté contre les infidèles étrangers blancs et de l’autre, contre les païens africains. Il installa son quartier général à Goundiourou d’où partaient tous les commandements. Beaucoup de soninké combattirent ainsi auprès du marabout car au cours de chaque mobilisation, un homme était choisi dans chaque foyer pour participer à la guerre.

Toutefois, Yaféra n’avait jamais été directement concerné au paravent par ses excursions contre les Français. Un jour cependant, il y eut à Yaféra un incident fâcheux qui va avoir des conséquences dans les relations entre Yaféra et le village voisin Aroundou, mais aussi avec les colonisateurs français.

Voici comment Yaya Khoumba Timéra raconte l’histoire : « Au début de la domination des blancs, l’impôt était fixé à 1 « fité », puis 1 « tama », puis  1 « tama » et 1 « fité », avant de passer de nos jours (1973) à 240f cfa. Les notables de Yaféra, de toute la région, ont été les seuls à contester cette élévation brusque et cher. En fait, il y’a des causes plus profondes que ça. En effet, Yaféra  était le centre de décisions  des Mangous, car il y en avait plusieurs. Notamment les Diassalanké, les Diallo, les Yélimanké, les Khoudiémakhan, les Souroukhé, les Diagolla etc. Mais c’était aux Yaféranko que revenait le haut commandement. Et cela suscitait la haine des autres mangou mais surtout les Bathily. C’est ainsi qu’un certain Mamadou Samba Bathily de Aroundou nous a trahis en allant s’associer avec les blancs à Bakel. C’était une dénonciation hypocrite car elle prétextait que nous boycottions les impôts.  Évidemment, cette nouvelle déplus à la direction de Bakel qui nous a réservé une surprise matinale.

Les Français sont venus par le fleuve, dans un bateau plein de tirailleurs. Quand le bateau approchait du rivage, les enfants criaient joyeusement sans savoir ce qui les attendaient : « La machine des eaux arrive !…. ».

Soudain, les canons furent dressés contre le village. Deux gros boulets tonnèrent. Bour Biné Timéra fut le premier à être touché. Tout Yaféra se mobilisa le plus rapidement possible sous la direction de Siré Boulaye, le jeune garçon blessé au cours de la bataille de Bologuéné à la mâchoire. Devenu adulte, il représentait les grandes fortunes de la sous- région et son courage l’a hissé au rend de commandant de l’armée de yaféra. Dès que Siré entendu les coups de canons, il proposa à son état major, avant de riposter, d’en savoir davantage sur les raisons de cette attaque surprise.  Il sauta dans la pirogue et rejoignit tout seul le commandement français dans le bateau. Il y trouva Massamba Bathily assis parmis les blancs. Il lui dit : « Ainsi, c’est toi le traître ! » Mais la force des choses voulait qu’il soit raisonnable. Il va donc parlementer avec l’agresseur, négociations qui vont aboutir à la signature d’un protocole avec le chef blanc. Néanmoins, Siré promis une vengeance terrible  contre les Français et contre le conspirateur Massamba Bathily qui, justement avait dit au commandant du fort de Bakel que sans la soumission complète de Yaféra, il lui était impossible de faire quoi que ce soit dans tout le Gadiaga. L’augmentation de l’impôt fut donc un prétexte pour nous provoquer. »

 Pour tenir sa parole de se venger des blancs, Siré va s’allier littéralement avec le Marabout Mamadou Lamine Dramé à la bataille de « l’après-midi de Khassobéri ». Ce jour là, il y’avaient Mala Bintou et Moussa Diallabé, mais pas un seul yaféranké ne fut tué. Ils rentrèrent tous au village au courant de la nuit même. Le lendemain matin, ils apprirent que l’armée française recevait des renforts en provenance de N’Dara ( St Louis du Sénégal ). Le bruit d’une grande offensive française sur toute la région courrait. Il fallait donc attaquer avant de se faire attaquer. Mamadou Lamine Dramé convoqua rapidement son état major à Goundiourou. Une unité d’espions les plus doués de la région furent envoyés en Gambie pour recueillir le maximum de renseignement sur les troupes françaises et leur force, leur nombre et la nature de leurs armes, avant d’atteindre le fort de Bakel. - Cette réunion fut tenue à Yaféra. Trente personnes y participèrent dont Bou khoumba, Samba Siré, Moussa Lassana, Samba Founty et Sada Siré de Yaféra plus Mamadou Lamine Dramé lui-même. Ce n’étaient pas n’importe qui ! Car ce jour là, Yaféra ne renfermait que de vaillants hommes. Il n’y avait pas de place pour les faibles. Mais qu’ont-ils fait à Dieu ? Et pourtant ils sont tous partis…-  Quelques jours plus tard, les espions apprirent que l’ennemi était seulement à quelques jours de marche de la ville de Bakel. Mamadou Lamine organisa aussitôt une mobilisation générale. L’objectif était d’anéantir l’état major français du fort avant que les renforts n’arrivent. Le commandement des fantassins était confié au fils du marabout, Souaïbou Dramé alors âgé de dix huit ans, tandis que la cavalerie fut confiée à Siré Boulaye Timéra. Dix mille soldats prononcent des assauts furieux et se lancent sur le fort de Bakel en avril 1886, pénétrant dans la ville où commence de violents combats de rues. Mais à quelques doigts du succès, les renforts ennemis arrivèrent plutôt que prévu et commencent à bombarder les hommes du marabout. Soudain, un boulet décima l’état-major du marabout qui se retire. Son fils Souaïbou fut capturé et fusillé. Mais il va à la mort avec une fière sérénité qui frappe les assistants. Beaucoup de yaféranké sont malheureusement mort au cours de cette bataille.

 

Djoubeirou Fofana et la question des terres

 

L’enfant Djoubeirou fut né un de ces matins du XVIIIe (18e) siècle. Cette période, tout comme les précédentes, ne fut pas non plus gratifiante pour son entourage. En effet, le chemin qui devait conduire le jeune garçon à la fleur de l’âge fut particulièrement semé d’embûches. Il semblerait que des jeteurs de sort attentèrent plusieurs fois à sa vie mais sans grand succès ; protégé par le cocon de ses protecteurs, qui sont eux aussi de redoutables féticheurs. Dès sa naissance, il fut élevé dans sa famille maternelle parmi ses oncles, entouré de toute l’affection qu’un enfant pouvait recevoir de ses proches. Dans ce Khodié qui a vu prospérer son père en matière de connaissance, l’enfant s’épanouissait aux grés des ans et du destin. Après que les ficelles de l’âge l’eurent hissé vers le sommet de ses vingt ans, au cours desquels il effectuait son initiation(ngounouwouté) pour entrer dans le cercle des jeunes adultes, il fut appelé à fonder à son tour un foyer. Pour cela, ses oncles se chargèrent de lui trouver une demoiselle convenable à son rang et à sa noblesse. Naturellement, ce fut une Timéra de Diokhoukara qu’il épousa. Il alla donc s’installer dans l’ancien emplacement de ses ancêtres, qu’il baptisa Mangara, du nom de son premier ancêtre. De cette union, il fut largement comblé car son épouse lui donna trois enfants : Mamadou Djoubeirou, Djigui Djoubeirou et Wagui Djoubeirou. Cependant, le conflit persistait toujours et cette fois –ci, on en vint aux jets de sorts : C’était la guerre des fétiches. Et sur ce coup là, il semblerait que ce sont les Diabékaranko qui prirent le dessus. Etant donné que le demeure de Djoubeirou était positionné entre les deux familles, il était très souvent sujet aux cibles des fétiches qui fusaient de toutes parts. Pour lui épargner ce ping-pong de fétiches ou de je ne sais quels mysticismes, sa famille maternelle choisit le plus puissant des féticheurs d’entre eux et lui bâtit une concession juste derrière Djoubeirou qu’ils appelèrent Tomorounka (la maison aux dattiers), et  qui lui servira de rempart, de barrière entre lui et ses cauchemars. Ce champion fétichiste serait donc à l’origine de la grâce de cette pauvre famille si accablée, si assommée et si étourdie par tant de sorts. Cet homme s’appelait Sandigui Moussa Timéra.

Quant à Djoubeirou, ce sentiment d’insécurité et de frayeur lui fit réfléchir deux fois. Il s’était dit que pour se sortir d’affaire il lui fallait trouver une solution équitable qui conviendrait aux deux partis. C’est alors qu’il songea à prendre une seconde épouse. Et cette fois –ci, vous comprendrez que ça sera une femme issue de Diabékara…

Djoubeirou épousa Boye siliman. Mais avant, celle-ci s’était déjà mariée dans la maison du marabout Lakhamy Fodié, où elle laissa quatre garçons : Abdou Boye qui fonda Sambanka, Siré Boye qui créa Kissima Binta ka, Maciré Boye bâtit Amara Diaba ka et Khassan Boye qui n’a pas eu de descendants.

Après le décès de son époux, elle s’est remariée à Djoubeirou avec qui elle engendra un garçon prénommé Diaman Djoubeirou ou encore Diaman Boye.

Ce nouvel acte important marqua l’histoire de ce petit village car symbolise la fin des embrouilles, du moins de manière apparente, non seulement entre les deux principales familles protagonistes, mais aussi entre Djoubeirou et tous ceux qui lui en voulaient de près ou de loin.

Cela dit nous avouons avoir du mal à situer la répartition des terres…..  

La population de Yaféra n’est cependant pas composée essentiellement de patronymes tels que Timéra et Fofana, bien qu’étant les plus intéressants par rapport à la structure fondamentale du village. Il existe certes d’autres familles nobles telles que les Sy, les Kanouté et même les Doucouré qui, à la suite d’un malheureux incident vont devenir par la suite des « esclaves », leur ancêtre s’étant marié à une esclave…Il y’a également des familles de forgérons, de cordonniers et d’anciens captifs.

  

 L’arrivée des Sy et des Kanouté

 

L’ancêtre de la famille Sy est originaire du Boundou. D’origine peule,  Mamédy Sétigui Ly avait fuit la région pour échapper à la persécution d’un roi sanguinaire, Dickéli Sada Ly. Arrivé à Gakoura, il dut changer son nom de famille en Sy au lieu de Ly pour échapper à ses poursuivants. Il s’était d’abord rendu à Koungany pour se réfugier auprès des marabouts Tandjigora. Ceux-ci  lui prédirent que son bonheur et sa sécurité se trouvent immanquablement à Yaféra. C’est la raison pour laquelle il vint s’installer à Yaféra sous l’accord de la famille Fofana les propriétaires terriens.

Entre temps, un autre homme fit son entrée à Yaféra. Originellement appelé Diarra, cet homme était un pêcheur qui avait l’habitude de venir vendre ses poissons à Yaféra. Il finit par s’y installer et prit le nom de Kanouté ou encore N’Diaye. D’aucuns prétendent que les deux hommes arrivèrent en même temps au village, tandis que d’autres pensent tout simplement qu’ils se sont rencontrés sur place. Mais dans tous les cas, ces deux étrangers durent prendre comme épouses deux jumelles. Mamédy Sétigui Ly épousa l’aînée Sira Amara Timéra, avec qui il engendra Khallou Sétigui, tandis que Diarra  Kanouté épousa Kama Amara Timéra. C’est de là que vient l’appelation « foyakhari lémou », qui signifie approximativement les enfants issus des unions avec les sœurs.

Les « Niakhamala » ou les hommes de castes

 

Il y’a, à Yaféra, un certain nombre de familles venues s’installer tardivement dans le village. Il s’agit des hommes de castes. Il existe principalement deux catégories d’hommes de castes : les forgerons et les cordonniers.

Les forgerons sont composés de deux familles : les Dianifaba et les Grèwou Diani. Les Dianifaba sont les premiers à faire leur entrée à Yaféra. Leur ancêtre arriva en même temps qu’un cortège d’esclaves achetés par Diaman Boye dit Diaman Djoubeïrou Fofana. Il remarqua que l’homme avait l’habitude de fabriquer des objets métalliques et sculpter du bois. Il en conclut que ce doit être un forgeron. Il l’appela alors  et lui proposa  de devenir le «Niakhamala » du village. L’homme accepta à condition qu’il soit le seul bénéficiaire des droits d’homme de caste du village, au cas ou d’autres viendront. Diaman Boye accepta et le pacte fut scellé. Il fut d’abord logé à Mangara, demeure de la famille Fofana. Quelques années plus tard, lorsque sa famille devint nombreuse, une portion de terre lui fut attribuée juste à côté. On l’appella Dianifabancounda ou Togonka.

Quant à la famille grèwou, elle est  venue plus tard et s’installa dans le quartier des marabouts « Modinkani ». Les Dianifaba leur confièrent une partie de leur droit coutumier « Niakhamalakhou ».

La seconde catégorie d’hommes de castes, est la famille des cordonniers. Il n y’en a qu’une seule dans tout le village. Ce sont les Makallou ou Koïta. Leur ancêtre s’appellait Malamine Koïta. On raconte que Malamine était à l’origine, un esclave. Mais son talent de cordonnier lui a permis de changer facilement de statut en se rachetant.  Il créa son atelier près de Tomorounka et épousa une femme du nom de Laliya. De cette union, naquit un garçon du nom de Kaba Garanké. Celui-ci va épouser Lountandy et Ramata Garanké et engendra Mamadou Kaba, Seydou, Hamidou, Tiguidé etc.

Les cordonniers, en dépit de leur travail de fabrication d’amulettes, de gris-gris, de chaussures et de matériaux en cuir,  avaient d’autres fonctions telles que, entre autres, transmettre le message du chef du village à la population et aux villages environnants, dépecer les bêtes sacrifiées et partager leur viande à l’occasion des grands évènements.

 

Conclusion

 

En définitive, il faut retenir que ce récit représente l’espoir de toute une communauté. C’est la miroir de notre identité ; l’identité yaféroise certes, mais aussi et surtout l’identité soninké, à une échelle plus répandue. S’il se perdait, c’est toute une richesse culturelle et de manière de vivre qui tomberait dans l’oubli. C’est le patrimoine de plusieurs générations qui s’effondrerait dans les fatals et mystérieux méandres des siècles impitoyables.

Ce travail n’est pas exhaustif. Tout apport pouvant servir de complément ou de rectificatif, à condition qu’il soit un produit sérieux digne de foi, serait le bien venu.

                      Par Souaibou FOFANA